10 avril 1927 : Gérard Avran naît à Colmar dans le Haut-Rhin. Son père est roumain d'origine juive. "Les Allemands pouvaient remonter jusqu'à quatre ou cinq générations pour décréter qu'une personne était juive." Sa mère est suissesse. Il est le sixième d'une famille de sept enfants, dont une seule fille. Mai 1927 : La famille Avran s'établit dans la banlieue parisienne. A Chaville de 1927 à 1937, puis à Garches jusqu'en 1940. Début 1940 : Déménagement à la rue Condorcet, à Paris. 8 juin 1940 : Les Allemands s'approchent de la capitale. Gérard et son jeune frère Bernard partent pour Loué, à plusieurs kilomètres du Mans, avec leurs camarades de classe. Juin 1940 : Premier bombardement, l'Exode. Toujours avec leurs camarades de classe, leurs maîtres et directeur, Gérard et Bernard se réfugient à Angers. Les Allemands sont désormais aux portes de Paris. La guerre est "finie", et les parents reviennent chercher leurs enfants. "Comme nos parents étaient en zone libre, ce fût une tante de Paris qui vint nous chercher, au mois d'octobre." Soit quatre mois plus tard. Décembre 1940 : Gérard et Bernard reçoivent un laisser-passer, et quittent Paris pour rejoindre leur mère, leurs frères et leur soeur à Brive, en zone libre. Leur père est descendu à Marseille en quête d'une nouvelle situation et d'un logement. Fin décembre 1940 : La famille Avran déménage à Marseille. Juin1943 : Le père de Gérard Avran est arrêté par la gestapo. "Le matin même, on avait accompagné mon frère de dix-huit ans qui partait en Allemagne pour le STO (service du travail obligatoire). En revenant, mon père était allé chercher son courrier à son bureau d'import-export." A l'heure du repas, pas de nouvelle. "Ma mère s'en est inquiétée et m'a envoyé le chercher. Je n'ai pas pris le tramway. J'ai couru. Mon petit frère Bernard était avec moi." Gérard Avran ne reverra plus jamais son père. Bernard, le cadet, retrouve l'aîné, Jean, professeur dans le Vercors à Villars de Lans. Un troisième frère est dans la Marine, en Turquie. A Marseille, il ne sont désormais plus que quatre. 10 novembre 1943 : Arrestation. Les Allemands occupent la zone libre depuis une année. Gérard Avran travaille dans une imprimerie-papeterie. "J'avais seize ans et j'essayais d'être l'adulte de la famille, de remplacer mon père." Ce jour-là, il décide de ne pas manger à la cantine et de rentrer à la maison. La gestapo est là. Pierre et Gérard sont emmenés à la prison de Marseille. Leur mère attend leur soeur Mireille en compagnie d'un SS. Ils se retrouveront dans la même cellule en fin d'après-midi. 24 novembre 1943 : Déportation au camp de Drancy. La mère de Gérard demande aux autorités suisses, la reconnaissance de la nationalité helvétique. Pour elle et, si possible, pour toute la famille. 20 janvier 1944 : Réponse des autorités suisses : négative. Déportation à Auschwitz. Mireille, 19 ans soeur de Gérard. Pierre, 19 ans frère de Gérard et jumeau de Mireille. Rose, 48 ans leur mère et Salomon, 49 ans leur père, mourront tous gazés à Auschwitz. 22 janvier 1944 : Arrivée à Auschwitz. Gérard se retrouve miraculeusement dans le rang des "hommes adultes". Femmes, enfants et vieux sont directement expédiés vers les chambres à gaz. C'est la dernière fois qu'il verra sa mère et sa soeur. Janvier 1945 : Devant l'approche des Russes, les ss décident de faire évacuer les camps d'extermination. Plus de cent mille détenus sont sur les routes. Camp de Buchenwald. Pas de place pour tout le monde. Gérard remonte dans le train pour le camp de Mauthausen. Mai 1945 : Camp d'Ebensee. 6 mai 1945 : Libération des camps. "Dans la nuit du 5 au 6, les ss avaient fui en cachette. A cinq heures du matin, il n'y a pas eu de cloche pour aller sur la place d'appel. Il n'y avait plus de ss non plus. On a attendu toute la matinée. A midi, le premier char américain est arrivé dans le camp." 18 mai 1945 : La Croix-Rouge arrive. "Elle nous a gavé. Je mangeais plus de cinq kilos de viande par jour." Gérard prend 30 kilos en 20 jours. Fin du mois de juin : Rapatriement à Paris, à l'hôtel Lutetia. Gérard y reste trois jours. Il ne recevra pas de visites médicales. 1945 : Gérard est recueilli par des amis, à Paris. "Comme je démarrais sans rien, je troquais mes rations. En tant que rescapé des camps, j'avais droit à double ration." Création de la Fédération Nationale des Déportés Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP). Gérard Avran y participe activement. Aujourd'hui encore, il est le président et secrétaire de la section locale de sa ville. 1946 : Gérard trouve un travail dans un laboratoire de cinéma, en banlieue parisienne. 1949 : Premier mariage. Il vit toujours à Paris. 1954 : Gérard Avran ouvre sa propre société de cinéma, Diapofilm , à Paris. 1955 : Séparation d'avec son épouse. 1959 : Second mariage. Déménage en banlieue parisienne. 1968 : Gérard Avran vend Diapofilm , et se lance dans l'alimentaire avec sa propre marque, Bologna . Sur la place parisienne, il est surtout connu pour ses "pochettes surprises". Bologna est une affaire risquée, mais qui portera ses fruits. "Dans ma vie, j'ai pris beaucoup de risques. Je me disais que je ne pouvais pas vivre des choses pires que celles que j'avais déjà vécues. J'ai toujours eu une bonne étoile..." 1971 : Gérard Avran et sa famille s'installent dans une maison, toujours dans la même petite ville de la banlieue parisienne. 1988 : Gérard Avran est à la retraite. Il vend son affaire, achète sa maison, et commence à rédiger un manuscrit sur l'Holocauste. Par devoir de mémoire. "Parce que dans les écoles, on n'apprend rien, et pour combattre les négationnistes, les menteurs et les falsificateurs. Et puis pour les enfants." 2009 : Gérard Avran vit toujours avec son épouse dans sa petite ville de la banlieue parisienne. C'est au pas de charge, qu'il parcourt les lycés pour témoigner de l'horreur. "Je ne suis pas un héros, mais un miraculé. Je m'étonne moi-même d'être là, à tel point que je me demande si cela m'est bien arrivé. Malheureusement, oui. Et j'y pense tout le temps. Ne serait-ce que chaque matin, en faisant ma toilette, quand je vois mon matricule...".
Gérard Avran - biographie
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du site La réalité et l'horreur des camps dans un témoignage unique.
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Ce site est destiné à tous ceux qui veulent savoir. Aux enseignants, aux professeurs, à ceux que la mémoire bouscule. Contre L'Oubli est né en 1999 de la rencontre entre le journaliste Ivan Frésard et Gérard Avran, un des plus jeunes rescapés des camps d'Auschwitz encore en vie, dans un train le 28 novembre 1996.
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