Réflexions - le négationnisme
Gérard Avran, pourquoi avoir attendu près de 40 ans avant de raconter votre histoire? Simplement parce qu'à la libération, en 1945, je me suis rendu compte que cela n'intéressait pas grand monde. Personne ne voulait nous écouter. On ne nous posait aucune question, et on ne s'occupait pas de nous. Sur le plan médical, le gouvernement nous a carrément abandonné. Ce n'est qu'après environ 35 ans que j'ai décidé d'en parler et d'écrire un manuscrit. J'avais plus de cinquante ans. À ce moment-là, qu'est-ce qui vous a motivé à faire le pas? Je voyais qu'en France, comme dans le reste monde d'ailleurs, il y avait des négationnistes et des falsificateurs. Il fallait réagir. Alors j'ai commencé mon manuscrit. Et puis quand j'ai pris ma retraite, cela fait maintenant plus de dix ans, j'ai décidé d'aller témoigner dans les établissements scolaires. La meilleure façon de lutter contre le négationnisme selon vous. Pourquoi? Parce qu'il faut que les jeunes soient au courant de ce qui s'est passé. Il y a encore quelques années, les manuels d'histoire n'en parlaient pratiquement pas. Les Français ont quand même une responsabilité collective dans la Shoah, alors on a occulté toute cette période. Au niveau de l'enseignement il y a eut des progrès, mais pas suffisants. Je le remarque aux questions parfois étonnantes des élèves. On m'a par exemple demandé ce que voulait dire nazi, ou pourquoi la France avait capitulé si vite. Et l'enseignement suisse est encore pire. En témoignant, nous barrons la route aux révisionnistes. Mais bientôt il n'y aura plus de témoin... Il faut que les professeurs prennent la relève. Certains partisans de l'extrême droite sont très jeunes. En avez-vous rencontré lors de vos conférences? Oui, quelque uns. Mais j'ai réussi à les convaincre en quelques mots seulement. Je leur montre mon matricule sur le bras, et leur dis: "Vous voyez, ce ne sont pas des inventions. Alors quand on vous dit que cela n'a pas existé, on vous a trompé." En principe, cela les fait réfléchir... La Shaoh a existé, c'est un fait incontestable. Alors pourquoi les négationnistes ont de plus en plus de partisans? Il faut relativiser, ils ne sont pas si nombreux que cela. Certaines personnes tombent dans le piège car la société est dure, et les révisionnistes convainquent en profitant du malheur des autres. Hitler a réussi à faire ce qu'il a fait, en profitant de la crise. Ce sera toujours comme ça. En ce qui concerne les négationnistes, il ne faut pas croire qu'ils réapparaissent maintenant! Ils n'ont jamais cessé d'exister mais après la seconde Guerre Mondiale, l'Holocauste était trop présent pour nier les faits. Alors ils se sont tus cinquante ans et ils relèvent la tête aujourd'hui, en imaginant que le temps fait bien les choses... Que l'on a oublié. Mais comment peuvent-ils nier la vérité? Sont-ils sincèrement convaincus par ce qu'ils avancent? Ce sont des sympathisants nazis, c'est tout. Le Pen par exemple, a un très bon ami qui est un ancien nazi. Alors automatiquement, il les défend. C'est la seule explication que je puisse vous donner. Et quand il raconte que les chambres à gaz n'ont pas existé, ou que si elles l'ont été il ne les a pas vu, j'aimerais lui poser cette question: il fête tous les ans Jeanne d'Arc, mais a-t-il déjà vu Jeanne d'Arc? Gérard Avran, est-ce que l'avenir vous fait peur? Par définition, je suis très optimiste. J'ai vu des choses tellement atroces que je me dis que l'on ne pourra plus faire souffrir comme nous avons souffert. Mais je suis aussi conscient du danger. Il faut être vigilant, les négationnistes sont forts et arrivent à faire passer leurs idées, malgré la loi Gayssot qui interdit les propos révisionnistes. Il suffit de voir Le Pen. Alors il faut veiller. En rentrant des camps par exemple, j'ai travaillé avec Roger Garaudy. Je faisais des films pour les jeunes, et lui faisait les textes. Il savait que j'étais un ancien d'Auschwitz, il me posait beaucoup de questions, et était très gentil avec moi. Alors pourquoi a-il complètement changé ? C'est une chose que je n'arrive pas à comprendre. C'est comme l'Abbé Pierre qui a fait des choses extraordinaires dans sa vie, et qui pourtant aujourd'hui soutient Garaudy, sous prétexte que c'est un ami... Quel serait votre message ? On vient au monde à Paris, en Suisse ou à Pékin. C'est le hasard. S'il y a des différences, il n'y a pas de races inférieures. Il faut être tolérant. Copyright 1998-2009 © REDACTION CONTRE L'OUBLI
“Il faut être vigilant face au négationnistes“ (Gérard Avran)
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Ce site est destiné à tous ceux qui veulent savoir. Aux enseignants, aux professeurs, à ceux que la mémoire bouscule. Contre L'Oubli est né en 1999 de la rencontre entre le journaliste Ivan Frésard et Gérard Avran, un des plus jeunes rescapés des camps d'Auschwitz encore en vie, dans un train le 28 novembre 1996.
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